L'alyah accomplit un rêve vieux de deux mille ans. On monte, on s'enracine sur cette terre, on construit. C'est immense, et c'est beau. Mais il y a une chose dont on parle moins, parce qu'elle se cache derrière la joie : en montant, on coupe souvent, sans le vouloir, un fil ténu et précieux — celui de la mémoire familiale. Et ce fil, une fois rompu, ne se renoue presque jamais.
Je le dis sans dramatiser, parce que je l'ai vu, et vécu. L'alyah déplace les corps, mais elle laisse une partie du passé sur l'autre rive. Le quartier, les voisins, la synagogue où l'on priait, la tombe des grands-parents au cimetière de Bagneux ou de Tunis — tout cela reste là-bas, de plus en plus loin, de plus en plus flou.
Trois ruptures, en même temps
La première rupture est celle de la langue. Vos parents pensent et racontent en français — c'est la langue de leur enfance, de leurs émotions, de leurs nuances. Vos enfants, eux, grandissent en hébreu. À la maison, on se comprend encore tant bien que mal. Mais les souvenirs subtils, les expressions du bled, les blagues de famille, tout ce qui ne se traduit pas spontanément : ça ne passe plus. Une génération sépare déjà ceux qui se souviennent de ceux qui pourront lire ces souvenirs.
La deuxième rupture est celle du contexte. Pour un petit-fils né à Beit Shemesh, des mots comme « le mellah », « la rue des Rosiers », « le STO » ou « la traversée sur le bateau » ne disent rien. Ce ne sont pas des lieux, ce sont des trous. Sans récit qui les replace dans une histoire, ces fragments deviennent illisibles, même pour qui voudrait comprendre.
La troisième rupture est celle des générations, et c'est la plus implacable. Ceux qui ont connu la vie d'avant — l'Afrique du Nord, l'Europe, les premières années en France — ont aujourd'hui soixante-quinze, quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans. Ce sont les derniers témoins directs. Quand ils ne seront plus là, ce ne sera pas un livre qui manquera : ce sera la seule source. On ne pourra plus jamais leur demander.
Entre deux mondes
L'alyah francophone ne faiblit pas, et ceux qui l'ont faite vivent dans un entre-deux singulier. Assez intégrés pour que leurs enfants soient pleinement israéliens ; assez attachés pour que le français, le couscous du vendredi et les airs de la grand-mère restent vivants à la maison. C'est une position fragile et précieuse : on est encore le pont entre l'avant et l'après. Mais un pont, ça ne dure que tant que les deux rives tiennent. Le jour où la génération qui se souvient s'éteint sans avoir parlé, le pont tombe — et les enfants se retrouvent israéliens sans savoir de quelle histoire ils sont nés.
C'est pour ça que l'urgence n'est pas une formule. Chaque année qui passe, c'est un témoin de moins, une mémoire qui se brouille, des noms qu'on n'arrive déjà plus à reconstituer sur l'arbre. Il n'y a pas de bon moment plus tard. Il y a maintenant, pendant qu'ils peuvent encore raconter, et un peu plus tard, où ce sera trop tard.
Fixer le fil, dans les deux langues
La bonne nouvelle, c'est que ce fil peut être rattaché — à condition de le faire dans les deux langues. Recueillir le récit en français, là où vivent les souvenirs, puis le rendre lisible en hébreu, là où vivent les petits-enfants. Un livre qui parle aux deux rives à la fois. C'est exactement ce que la tradition appelle מדור לדור, de génération en génération : non pas figer le passé, mais le faire circuler vers l'avant, vivant, dans la langue de ceux qui le recevront.
Faire son alyah, c'est choisir l'avenir de ses enfants en Israël. Préserver l'histoire familiale, c'est s'assurer que cet avenir ait une mémoire. Les deux gestes vont ensemble — et le second ne peut pas attendre. Le plus simple est de commencer dès aujourd'hui : le premier chapitre est offert.
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Lebanim est né précisément de cet entre-deux : vos parents racontent leur vie en français, à leur rythme, chaque chapitre est mis en récit puis traduit en hébreu, et vous recevez un livre relié bilingue que vos enfants nés en Israël pourront lire dans leur langue.
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